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05/12/2008

ET SI ON REFLECHISSAIT UN PEU .....

La journée d'Enzo - 3 septembre 2012

 

Enzo est assis à sa place, parmi ses 42 camarades de CP. Il porte la vieille blouse de son frère, éculée, tachée, un peu grande. Celle de Jean-Emilien, au premier rang, est toute neuve et porte le logo d'une grande marque automobile. La maîtresse parle, mais il a du mal à l'entendre, du fond de la classe. Trop de bruit. La maîtresse est une remplaçante, une dame en retraite qui vient remplacer leur maîtresse en congés maternité. Il ne se souvient pas plus de son nom qu'elle ne se souvient du sien. Sa maîtresse a fait la rentrée, il y a trois semaines, puis est partie en congés. La vieille dame de 69 ans est là depuis lundi, elle est un peu sourde, mais gentille. Plus gentille que l'intérimaire avant elle. Il sentait le vin et criait fort. Puis il expliquait mal. Du coup Enzo ne comprend pas bien pourquoi B et A font BA, mais pas dans BANC ni dans BAIE ; ni la soustraction ; ni pourquoi il doit connaître toutes les dates des croisades. On l'a mis sur la liste des élèves en difficulté, car il a raté sa première évaluation. Il devra rester de 12 à 12h30 pour le soutien. Sans doute aussi aux vacances. Hier, il avait du mal à écouter la vieille dame, pendant le soutien ; son ventre gargouillait. Quand il est arrivé à la cantine, il ne restait que du pain. Il la mangé sous le préau avec ceux dont les parents ne peuvent déjà plus payer la cantine.

Il a commencé l'école l'an dernier, à 6 ans. L'école maternelle n'est plus obligatoire, c'est un choix des mairies, et la mairie de son village ne pouvait pas payer pour maintenir une école. Son cousin Brice a eu plus de chance : il est allé à l'école privée à 3 ans, mais ses parents ont dû payer. La sieste, l'accueil et le goûter n'existent plus, place à la morale, à l'alphabet ; il faut vouvoyer les adultes, obéir, ne pas parler et apprendre à se taire, se débrouiller> seul pour les habits et les toilettes : pas assez de personnel. Les enseignants, mal payés par la commune, gèrent leurs quarante à cinquante élèves chacun comme une garderie. L'école privée en face a une vraie maternelle, mais seuls les riches y ont accès. Mais Brice a moins de mal, malgré tout, à comprendre les règles de l'école et ses leçons de CP. En plus, le soir il va à des cours particuliers, car ses parents ne peuvent pas l'aider pour les devoirs, ils font trop d'heures supplémentaires. Mais Enzo a toujours plus de chance que son voisin Kévin : il doit se lever plus tôt et livrer les journaux avant de venir à l'école, pour aider son grand-père, qui n'a presque pas de retraite.
 
 Enzo est au fond de la classe. La chaise à côté de lui est vide. Son ami Saïd est parti, son père a été expulsé le lendemain du jour où le directeur de l'école (un gendarme en retraite choisi par le maire) a rentré le dossier de Saïd dans Base Élèves. Il ne reviendra jamais. Enzo n'oubliera jamais son ami pleurant dans le fourgon de la police, à côté de son père menotté. Il paraît qu'il n'avait pas de papiers...Enzo fait très attention : chaque matin il met du papier dans son cartable, dans le sac de sa maman et dans celui de son frère
 
 Du fond, Enzo ne voit pas bien le tableau. Il est trop loin, et il a besoin de lunettes. Mais les lunettes ne sont plus remboursées. Il faut payer l'assurance, et ses parents n'ont pas les moyens. L'an prochain Enzo devra prendre le bus pour aller à l'école. Il devra se lever plus tôt. Et rentrer plus tard. L'EPEP (établissements publics d'enseignement primaire) qui gère son école a décidé de regrouper les CP dans le village voisin, pour économiser un poste d'enseignant. Ils seront 45 par classe. Que des garçons. Les filles sont dans une autre école. Enzo se demande si après le CM2 il ira au collège ou, comme son grand frère Théo, en centre de préformation professionnelle. Peut-être que les cours en atelier seront moins ennuyeux que toutes ces leçons à apprendre par coeur. Mais sa mère dit qu'il n'y a plus de travail, que ça ne sert à rien. Le père d'Enzo a dû aller travailler en Roumanie, l'usine est partie là-bas. Il ne l'a pas vu depuis des mois. La délocalisation, ça s'appelle, à cause de la mondialisation. Pourtant la vieille dame disait hier que c'est très bien, la mondialisation, que ça apportait la richesse. Ils sont fous, ces Roumains !

 Il lui tarde d'être en récréation. Il retrouvera Cathy, la jeune soeur de maman. Elle fait sa deuxième année de stage pour être maîtresse dans l'école, dans la classe de monsieur Luc. Il remplace monsieur Jacques, qui a été renvoyé, car il avait fait grève. On dit que c'était un syndicaliste qui faisait de la pédagogie. Il y avait aussi madame Paulette en CP ; elle apprenait à lire aux enfants avec des vrais livres ; un inspecteur venait régulièrement la gronder ; elle a fini par démissionner. Cathy a les yeux cernés : le soir elle est serveuse dans un café, car sa formation n'est pas payée. Elle dit : « A 28 ans et un bac +5, servir des bières le soir et faire la classe la journée, c'est épuisant. » Surtout qu'elle dort dans le salon chez Enzo, elle n'a pas assez d'argent pour se payer un loyer. .  Après la récréation, il y a le cours de religion et de morale, avec l'abbé Georges. Il faut lui réciter la vie de Jeanne d'Arc et les dix commandements par coeur. C'est lui qui organise le voyage scolaire à Lourdes, à Pâques. Sauf pour ceux qui seront convoqués pour le soutien...

 Enzo se demande pourquoi il est là...
 
 

> Pourquoi Saïd a dû partir
> Pourquoi Cathy et sa mère pleurent la nuit.
> Pourquoi et comment les usines s'en vont en emportant le travail.
> Pourquoi ils sont si nombreux en classe.
> Pourquoi il n'a pas une maîtresse toute l'année.
> Pourquoi il devra prendre le bus.
> Pourquoi il passe ses vacances à faire des stages
> Pourquoi on le punit ainsi.
> Pourquoi il n'a pas de lunettes.
> Pourquoi il a faim.

 
Projection basée sur les textes actuels, les expérimentations en cours et les annonces du gouvernement trouvées sur le net'.

Si vous ne voulez pas que vos enfants, petits-enfants, neveux, nièces, petits voisins, ..., deviennent des copains de classe de ce petit Enzo,  il est urgent  que tout le monde prenne conscience de ce qui les attend à plus ou moins court terme !

 IL FAUT ARRETER CETTE DESTRUCTION PROGRAMMEE DE L’EDUCATION NATIONALE. NOUS SOMMES TOUS CONCERNES !!!
 

 

Commentaires

Comme j'approuve la publication de ce texte. Il montre parfaitement bien où on va et après l'avoir lu on ne peut au moins pas dire qu'on ne savait pas, qu'on n'avait pas compris ce qu'il y a derrrière ce mot de "réforme".

Quand je pense qu'on a le culot de prétendre que notre école est mauvaise et qu'on a le culot de réformer à coup de moyens diminués. C'est comme si on avait quelqu'un de propre à qui on supprimerait l'eau et le savon... et bientôt les vêtements.

On connaissait jusqu'à présent la ghettoïsation dans notre pays mais de plus en plus on laisse glisser notre pays vers un univers qui ressemble à celui des camps de concentration pour certains - et qu'on ne me dise pas que vivre dans la rue de plus en plus nombreux et de plus en plus affamés n'est pas un régime semblable, le four crématoire en moins. Mais la mort rôde, pas belle.

Merci à toi Annie. Monique

Écrit par : monique | 05/12/2008

Comme tu as raison Annie de publier ce reportage sur la situation d'Enzo et de beaucoup d'enfants dans son cas. Je suis révoltée par la discrémination faite à certains, le mépris avec lequel on les traite, mais que nos petites voix sont faibles devant un pouvoir qui agit dans tous les domaines. Mais résistons quand même....


Bises
hélène

Écrit par : hélène | 05/12/2008

Quel texte lourd de menaces pour l’avenir de nos enfants.
Les premières années sont les plus importantes pour que les bases soient acquises. Trp de monde, des enseignants qui changent, des prix des cantines qui grimpent, la chasse aux sans papiers, tout cela ne va pas.

Je suis dans une petite commune de 400 habitants, j’ai fait partie du conseil municipal, et le prix des repas est un vrai casse tête entre ce que cela coûte vraiment, le prix demandé aux parents et le choix devant ceux qui ne payent pas tout en ayant des écrans plats et qu’il faut contraindre et ceux qui ne peuvent réellement pas payer.

Pas toujours simple, même avec de la bonne volonté, avec les familles décomposées, les gosses plus ou moins doués, etc etc.

Le grillon inquiet

Écrit par : christian | 10/12/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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